La physiothérapie comme traitement alternatif à la compression de la queue de cheval

INTRODUCTION

La queue de cheval est l'ensemble des nerfs et des racines nerveuses qui dérivent du segment médullaire terminal, de L7 à Cd1 - Cd5, où commencent les nerfs: sciatique, obturateur, pudendal, fémoral, pelvien et coccygien. L'articulation lombo-sacrée comprend la vertèbre L7, le sacrum et les tissus conjonctifs (capsules articulaires, ligaments) entourant la queue de cheval. (Santoscoy, 2006)

La flexion est le mouvement principal, bien que l'extension et la rotation minimale se produisent également. Le mouvement anormal corrélatif à l'instabilité a comme résultats des modifications squelettiques telles que la spondylose déformante, la prolifération d'ostéophytes et l'hypertrophie des structures ligamentaires et articulaires. Parmi les causes les plus importantes d'anormalité, il y a notamment la mauvaise articulation, la malformation L/S, cependant peuvent se combiner différents troubles tels que:

  • Sténose du canal vertébral (congénitale ou acquise)
  • Discopathie de type II entre la lombaire 7 et le sacrum
  • Spondylose déformante
  • Instabilité et mauvais alignement entre la lombaire 7 et le sacrum (congénitale ou acquise)
  • Altérations dans l'approvisionnement en sang
  • Ostéochondrose du sacrum
  • Spondylite ankylosante
  • Hypertrophie des structures ligamenteuses ou capsulaires

CONSIDÉRATIONS ANATOMIQUES

Le sacrum chez les chiens et les chats est formé par trois vertèbres soudées et donc ne possèdent pas de disques intervertébraux; dans sa partie avant, il s'articule sur la vertèbre L7 via une articulation amphiarthrosique (les vertèbres ont comme moyen d'union du cartilage fibreux). L'articulation L/S (lombo-sacrée) est un point de transfert des forces dont l'extension est limitée sous forme primaire par le ligament longitudinal ventral, la partie ventrale de l'anneau intervertébral et les capsules articulaires des facettes. La flexion (mouvement principal) est limitée par les ligaments supra-épineux, les ligaments inter-épineux, les ligaments jaunes et le ligament longitudinal dorsal. (Wendelburg 1998)

 

FIGURE 1. Anatomie de l'articulation L/S (coupe sagittale).

La queue de cheval est entourée par le canal médullaire, qui, dans sa partie dorsale est formé par la lame vertébrale, le ligament jaune, et les facettes avec leurs capsules articulaires; latéralement par les pédicules; et ventralement par les corps vertébraux, le ligament longitudinal dorsal et l'anneau fibreux. Par le canal vertébral, sur les corps vertébraux, une paire de sinus veineux se déplace de manière caudale, qui prennent une direction latérale divergente à l’approche de l’espace intervertébral. (Taylor, 2010)

La sténose vertébrale lombo-sacrée (L/S) est un terme qui englobe un certain nombre d'altérations qui entraînent le rétrecissement du canal rachidien au niveau L/S, avec une compression ultérieure, le déplacement, l'inflammation, l'atteinte vasculaire ou la destruction des nerfs spinaux et des racines nerveuses qui constituent la queue de cheval.

L’articulation L/S est le point de transfert de la plupart des forces biomécaniques, ce qui la soumet à des flexions et à des rotations anormales qui entraînent fréquemment sa dégénérescence et des fractures, malgré les forts ligaments qui la soutiennent (Jacobo, 1999); la queue de cheval tolère mieux la déformation et les blessures que la moelle épinière, mais en cas de blessure grave, les chances de guérison sont minimes. Il est important de se rappeler que les structures nerveuses affectées sont les nerfs rachidiens et les racines nerveuses, car la moelle épinière se termine dans le "conus medullaris" (segments médullaires sacro-coccygiens); dans la lombaire 6 chez la plupart des races (chez d'autres, cela peut être dans la lombaire 5); chez les chats, elle se termine dans la L7.

Les signes cliniques peuvent aller de la faiblesse à la paralysie des membres pelviens et de la queue. Le réflexe rotulien et de sevrage (ainsi que les réflexes gastrocménien et tibial) peuvent être réduits ou absents des membres pelviens, de même que les réflexes périnéal (anal) et bulbocaverneux (chez les chiens mâles). Le tonus des muscles pelviens peut être réduit ou absent, la perception de la douleur dans les membres pelviens, la queue et la région périnéale peut être diminuée ou absente. Les réactions posturales dans les membres pelviens, telles que le saut ou le réajustement des pattes, peuvent être atténuées.(BRAUND, 2003) 

ÉVALUATION DU PATIENT

ANAMNÈSE

Le 3 Octobre 2010, un patient se rend au cabinet vétérinaire, avec les caractéristiques suivantes:

Nom: Polly

Race: Pinscher

Âge: 10 mois

Sexe: femelle

Poids: 1,2 kg

Le patient présentait des difficultés à se maintenir debout, manifestait une douleur notable lors de la marche et présentait une prostration après avoir subi un traumatisme après une chute dans les escaliers.

Figure 2. Patient avec déficit propioceptif des membres postérieurs et paralysie spastique.

EXAMEN CLINIQUE

Lors de l'oscultation, sont constatés un déficit propioceptif des pattes arrière en position debout, une prostration et la difficulté à se maintenir debout, et en mouvement, une démarche ataxique, une base large et une charge de poids plus importante sur les pattes avant.

Lors de l'examen neurologique, ont été observés:

Tableau 1. Résultats de l'examen neurologique

Réflexe
SciatiqueAbsent
RotulienHyporéflexie
TibialHyporéflexie
PérinéalNormal
FléchisseurNormal
Sensibilité
SuperficielDiminution
ProfondeurNormal
ProprioceptionAbsent

Lors de l'examen orthopédique, à la palpation, a été observée une douleur au niveau de l'articulation L/S, en effectuant la flexion et l'extension de l'articulation coxo-fémorale et lors de la palpation du nerf sciatique.

Avec les résultats cliniques obtenus, l'on suspectait un problème de compression de queue de cheval ou un traumatisme médullaire dans cette zone, ce pourquoi il a été décidé de faire une étude radiologique qui détecta une fracture de l'arc dorsal et des facettes articulaires de L7, spondylolisthésis L/S.

 

Figure 3. Plaque Rx vue L/L où sont détectées la spondylolisthésis et la fracture des facettes articulaires de L7.

TRAITEMENT

Initialement, un traitement médical a été prescrit à base de Tramadol et de Carprofène pour une période de huit jours, accompagné d'une thérapie physique et de repos.

Il a été décidé d'effectuer une thérapie physique en prenant en compte deux grands aspects:

  1. L'état du patient: une amélioration est constatée de manière évidente dès le moment où le traitement médical a été commencé et la première session de physiothérapie jusqu'au jour du contrôle post-traumatisme.
  2. Les résultats radiographiques: selon la théorie des deux ou trois compartiments, utile dans la détermination du degré de stabilité et de la nécessité de stabilisation de fractures au niveau des vertèbres, il est déterminé que le patient présente une fracture stable dans laquelle seul se trouve affecté le compartiment dorsal.

 

Figure 4. Théorie des deux ou trois compartiments.

Lorsqu’un compartiment est fracturé, c’est le cas, il s’agit d’une fracture stable, bien que lorsqu’une lésion est générée au niveau des facettes articulaires, une instabilité minimale se produit du fait de leur participation à la stabilisation rotationnelle. (Pellegrino, 2003) Dans le cas où deux des trois compartiments sont affectés, il faudra procéder à la stabilisation chirurgicale car il s'agit d'une fracture instable et que celle-ci peut aggraver les signes présentés par le patient. (SHARP, 2006).

Légère compression: il n'y a pas de déplacement plus important de fragments d'os et au moment de l'examen, le patient présentait un réflexe anal et de la queue, aucune incontinence fécale ni urinaire, ce qui indique qu'il n'y a pas de compression grave des terminaisons nerveuses qui innervent la vessie et le sphincter anal (nerf pudendal). (Santoscoy, 2007)

THÉRAPIE PHYSIQUE ET RÉÉDUCATION

Du fait de commencer un traitement de physiothérapie, un examen zoo-kinésique sera réalisé, nécessaire pour commencer un traitement. Cela consiste en un examen neurologique et orthopédique complet dans lequel les zones douloureuses à traiter et l'emplacement de la lésion sont localisés pour accélérer le processus de guérison, la relaxation musculaire et réduire l'inflammation. 

L’objectif de la physiothérapie et de la rééducation est d’améliorer la répartition du poids, la résistance, la musculation, la mobilité articulaire, la proprioception, d’éliminer la cause de l'altération physique, d’améliorer les symptômes cliniques afin de retrouver les fonctions normales, de diminuer l’utilisation des AINS, de réduire la douleur et d'améliorer et de prolonger la qualité de vie de l'animal. Lors de l'examen zoo-kinésique, ont été constatés les éléments suivants:

Tableau 2. Examen zoo-kinésique statique

STATIQUE
Inclinaison céphaliqueNormal
PositionAnormalParaparésie
Atrophie-
Douleur++
Soutien du poidsAnormalMembres antérieurs
ColonneAnormalCyphose
DYNAMIQUE
ProprioceptionAbsent
CoordinationAnormal
EquilibreAnormalParésie
Capacité fonctionnelleAnormal

À la palpation de la colonne vertébrale, trois types de forces seront exercés, à savoir: 1) légère; (2) modérée et (3) forte, ce qui indique le degré de douleur présenté par le patient dans la zone où la pression est exercée.

Tableau 3. Échelle de la douleur par zone anatomique de la colonne vertébrale.

SEGMENTDEGRÉ DE DOULEUR
CERVICAL
C4 - C52
C5 - C62
THORACIQUE
T1 - T41
T4 - T62
T7 - T113
T12 - T132
LOMBAIRE
L1 - L42
L5 - L73
SACRUM
L7 - S13
COXO-FÉMORAL
MPI1
MPD1

Au niveau des membres antérieurs, l'on a observé une contracture musculaire due à une augmentation de la charge du poids et des douleurs au niveau de membres postérieurs lors de la palpation des muscles fessiers, gastrocnémien, biceps fémoral, genou et quadriceps. La sensibilité superficielle et profonde n'a pas été affectée. Lors de l'examen des réflexes rachidiens, les réflexes sciatiques et patellaires étaient diminués et le réflexe fléchisseur absent. 

Selon les résultats de l'examen zoo-kinésique, le protocole établi pour ce patient fut de 10 thérapies avec magnétothérapie, laser, massothérapie, thermothérapie et cryothérapie.

Tableau 4. Protocole de traitement de thérapie physique

Entre chaque session, l'on a pu observer une évolution favorable du patient, avec réalisation des objectifs fixés dès le début de la thérapie.

En effet, ont été améliorées la répartition du poids sur les quatre membres et la relaxation musculaire, la masse musculaire a été récupérée, ainsi que la mobilité articulaire, et il ne présentait ni douleur ni déficit proprioceptif.

L'on expliquera ensuite de manière approfondie le mécanisme d'action de ces moyens physiques pour comprendre ainsi également les changements qu'il peut générer au niveau cellulaire, osseux, articualire, musculaire et métabolique. 

1.LASER

Laser avec diode à l'arséniure de gallium, incluse dans les rayonnements non ionisants, c'est-à-dire qu'il ne peut dégrader ni altérer les molécules et les tissus biologiques.

Agit par processus:

- Thermique: la température augmente au niveau intracellulaire pour de courtes périodes.

- Chimiques: augmentent la synthèse d'ATP, la synthèse des protéines et la mitose.

- Bioélectriques: restitution du potentiel de membrane.

- Mécaniques: pression locale par choc d'ondes sonores et ultrasonores.

Effet clinique: produire une analgésie, anti-inflammatoire, anti-oedème, stimulation de la micro-circulation et cicatrisation.

Indications: blessures, contractures, œdème post-chirurgical et discopathies.

Contre-indications: grossesse, infections, tumeurs, ne pas appliquer directement sur l'œil et les fractures. (Pellegrino, 2003)

2. MAGNÉTOTHÉRAPIE

Courants de basse fréquence qui, contrairement à la haute fréquence, provoquent un champ magnétique beaucoup plus intense que l'électrique.

Les champs magnétiques produisent des effets biochimiques, cellulaires, tissulaires et systémiques.

Au niveau biochimique, nous trouvons les effets fondamentaux suivants:

a) Déviation des particules avec charge électrique en mouvement.

b) Production de courants induits, intra et extracellulaires.

c) Effet piézoélectrique sur les os et le collagène .

d) Augmentation de la solubilité des différentes substances dans l'eau.

Au niveau cellulaire, les effets indiqués dans le domaine biochimique déterminent les effets suivants:

a) Stimulation générale du métabolisme cellulaire.

b) Normalisation du potentiel de membrane altéré.

D'une part, les courants induits par le champ magnétique produisent une stimulation directe du trophisme musculaire, qui se manifeste par la stimulation dans la synthèse de l'énergie requise par l'organisme pour le fonctionnement de celui-ci au niveau cellulaire augmentant ainsi la multiplication cellulaire, la synthèse protéique et la production des prostaglandines (effet anti-inflammatoire).

Effet clinique: trois effets généraux résultent de cette thérapie.

1. Effet anti-inflammatoire.

2. Effet régénérant des tissus.

3. Effet analgésique.

Indications: fractures, contractures, spasmes musculaires, ischémie.

Contre-indications: grossesse, tumeurs, hémorragies et stimulateurs cardiaques.

(Cordero, 2000)

3. MASSOTHÉRAPIE

Composant naturel de la physiothérapie.

Elle est indiquée pour réduire la tension musculaire conséquence d'une blessure à la moelle épinière, améliorer la fonction des articulations et des muscles, réduire et prévenir la stase veineuse et lymphatique, réguler le tonus musculaire et préparer les muscles pour la rééducation et accélérer leur récupération après la physiothérapie.

Son effet est d'augmenter le flux sanguin, libérer des endorphines endogènes en diminuant la douleur, faciliter la récupération musculaire, augmenter le retour veineux et lymphatique et détendre aux niveaux physique et mental.

- Contre-indications: inflammation locale de la peau, infection locale de la zone, tumeur, fièvre, coagulopathies, chocs et maladies virales.

 

4. THERMOTHÉRAPIE

Elle produit une vasodilatation, augmente l'apport d'oxygène et le métabolisme tissulaire. Elle produit une analgésie modérée, calme les spasmes musculaires et accroît la viscosité des fibres de collagène.

- Chaleur superficielle: elle s'applique par le biais de compresses, coussins électriques ou lampe infrarouge.

Indiqué pour les spasmes musculaires.

- Chaleur profonde: elle s'applique par le biais d'ultrasons produisant de la chaleur à 7- 12 cm de profondeur, générant de la chaleur au niveau tissulaire.

(Ruiz, 2007; Pellegrino, 2003)

 

5. CRYOTHÉRAPIE

Indiquée dans l'inflammation aiguë et suraiguë. Elle favorise l'analgésie et évite la formation d'œdème.

Contre-indiqué dans les altérations de la sensibilité et l'anesthésie. (Ruiz, 2007; Pellegrino, 2003)

PRONOSTIC

La condition du patient doit être prise en compte dès le début, car s'agissant d'une légère compression des racines nerveuses et présentant une sensibilité superficielle et profonde, elle représente un pourcentage élevé de récupération par rapport aux patients ayant subi des compressions sévères dans lesquelles l'examen clinique ne présente pas de réflexe anal ni de la queue et d'incontinence fécale et urinaire. (Sharp, 2006)

CONCLUSIONS

- La combinaison d'un traitement allopathique ou homotoxicologique et la thérapie physique (analgésie intégrale) accélère le temps de récupération, la cicatrisation et le bien-être ainsi que la qualité de vie des patients.

- La physiothérapie améliore la répartition du poids, la résistance, la musculature, la mobilité articulaire, la proprioception, élimine la cause de l'altération physique, améliore les symptômes cliniques pour revenir à une fonction normale, réduit l'utilisation d'AINS, diminue la douleur et améliore et prolonge la qualité de vie de l'animal.

-La physiothérapie chez les patients présentant une sensibilité profonde, réflexe anal et réflexe de queue, et qui ne présentent pas d'incontinence fécale ni urinaire, leur permet de se remettre complètement de la pathologie qu'ils présentent car il ne s'agit pas d'une compression grave, cela étant dû au fait que les racines nerveuses de la queue de cheval ont tendance à être plus résistantes au traumatisme que la moelle épinière et et à se remettre facilement de blessures légères, mais dans le cas de blessures graves, il y a peu de chance de guérison. (SHARP, 2006)

Angelica B. Ortega Vásquez

Collaboratrice d'Ortocanis.com

Ortocanis.com